Cette histoire n’existe pas encore. Mais si cette nuit vous n’êtes encore pas couchés alors que point l’aurore, je vous enjoins, malandrins, à lire ces dires.

Ceci est l’histoire d’une femme et d’un homme, qui d’un cœur les deux moitiés, par la distance étaient liés. Ceci est aussi l’histoire de tout le monde, car d’homme ou de femme n’est-il vraiment question que pour en vérité livrer ma faconde. Ce put être entièrement deux autres êtres, en tous autres critères, parfois différents, parfois pas, et néanmoins amants. Mais il n’est pas tant sujet de tout ce futile paraître, que de conter une histoire comme il ne s’en écrit pas de plus belles. Partant que d’un conte banal l’humanité fut abreuvée, je n’ai point le cœur à les dire l’un et l’autre, monde et amants, aussi bien intriqués. Je m’explique : le premier n’était que de maints malheurs la source, le second une fontaine plutôt, et de sentiments bien plus beaux. Oubliez donc le monde, car c’est ce qu’il n’est pas qui ce soir vous importe à vous autres.

La raison à ceci aujourd’hui, c’est que l’homme par la grâce de la femme fût touché. Son royaume était à nouveau sis en une bien plus belle oasis. Fort de son voyage cathartique, ayant parcouru les déserts, de son désespoir il fut quitte. Et par monts et par dunes, puisque cette histoire nous est parvenue, pour jusqu’à moi se faire entendre ; ce soir pour ce que cela vaut, je vous en livre les méandres.

Car l’histoire avait ainsi commencé : C’était une nuit paisible d’avant l’été, où les cœurs et les corps s’émouvaient au gré de relents à tous degrés. Les breuvages égayaient les ébriétés déjà bien avancées. C’était une nuit comme à cent et milles et d’antiques autres identique. Où parlent les êtres, dont les nôtres, encore ignorant l’un à l’autre, et naissent les remous de ce qui chaque fois sera l’Histoire. Ces remous là n’étaient pas bien grands, mais d’avant en avant ce soir là il s’en vinrent avec le temps à devenir des géants. L’avant-garde, sûrement, de futur déboires. Et pourtant le soir, l’homme et la femme se quittèrent sans guère d’émoi. Mais de vous à moi, sachez que l’aboi fut constant, pour autant que le temps leur parut si lent.

Bien heureusement cependant, l’esprit s’est doté de puissants outils. Aussi aboutis à nos us aujourd’hui, qu’en genèse ceux de nos ancêtres faits de terre et de glaise. Ils survolent les mètres et permettent à tous, maîtres, d’oublier qu’à renaître on ne peut pas deux fois n’être. Quand nul point, à nul autre n’est plus éloigné, l’inverse, en un sens, est aussi vrai. L’Espace s’était joué d’eux, mais tous deux le narguant avec leur atout, se rirent de lui jusqu’à ce que, si cela c’était pu, fut provoquée son ire. Ils parlaient et vaquaient après tout par rien plus qu’un plat plan séparés, faisant fi de n’avoir qu’en matière une fois – une seule – été réunis vraiment. S’apprenant et s’éduquant, les sentiments n’acquirent, qu’à peu d’autres comparables une telle superbe, et c’est peu dire. En faveurs un certain jour, l’Espace plus à penchant à être clément, qu’à les punir comme on l’a dit déjà de son ire, leur permit à briser la frontière de ce qui, décidément, ne pourrait être que le moins pire, pour ne rien dire. Ainsi advint qu’un lendemain, à peine plus mutins que de coutume nous tous jamais ne le fûmes, il en vinrent à choisir que, décidément pas pour le pire, elle s’en irait à son foyer le ravir. Ils saluèrent l’ami qui, en l’Espace s’était fait leur allié, pour ne devenir grâce à lui, qui sait, plus qu’uns, jamais plus séparés que par leur intime psyché, elle-même à l’autre mêlée. Et à la veille d’en cet imaginaire moment par les deux âmes partagé ils ressentirent : l’espoir, le désir, l’amour, la beauté, l’art, la haine, le malheur, l’attention, la raison, la déraison, puis l’envie d’aller enfin, volant, au-dessus des frondaisons… tous mêlés, chez l’homme, par l’autre être sublimé, ont ces mots suscités.

En ces propos de quête aride que je vous tint plus tôt, j’ai à vous rappeler. Car les restes du monde à vau l’eau balaient les poussières de nos dernières dignités. Les êtres humains, bien malins, s’entre-tuent et les autres autour se huent, puis enfin se ruent dans l’immense cohue sanguinaire d’une émule grégaire et séculaire. C’est le Mal pour tout bien. Quel bien triste contexte pour voir naître les récits de ces lettres. Mais ne gâchons rien, ce soir, s’il vous plaît.

Car ceci est l’histoire d’une femme et d’un homme dont l’un puis l’autre préfèrent à saisir en chaque instant la beauté que du monde gémissant écouter les dernières agonies. Un homme et une femme qui ce soir enfin se trouveraient réunis par la magie d’un wagon voguant au son de cette oraison. Une dernière nuit défilait, la dernière avant de délester leurs filets. Elle, par la fenêtre, regardant au ciel les astres coulant en un miel qui eut vaincu le plus vil des fiel, pensant à lui tout cependant qu’il en faisait autant. Lui, non moins épris, rédigeant ce que suit, d’un cœur ardent attendant qu’à la fin de ces mots plaidant, s’agitât le doux fanion des amants aux balcons de cent garants (vous, mes amis). Car, enfin, avant que ce fut achevé le jour suivant, ils seraient vivants, s’emmêlant, s’oubliant. Souhaitons-leur du bien, mes chers garants, car je vous avouerai que… de tout cela, d’elle, j’en ai besoin.