Vous, internautes, l’avez sans doute tous déjà vu, ou presque, ce monstre soiffard créé par HADOPI : le label PUR et sa campagne !

On a beaucoup plus parlé du groupement de 6 affiches que des spots vidéos (sauf celui d’Emma Leprince, on voit presque ses nichons, pardi !) et du moins récent petit dessin animé de Super Crapule. Sont-ils moins connus ? Possible. En attendant, ne perdons pas de vue que cette campagne est composée en réalité d’une myriade de spots, affiches etc. sur des supports médiatiques très variés.

Si vous permettez, j’aimerais que nous nous attardions un instant sur le label créé par HADOPI : PUR, pour « Promotion des Usages Responsables ». Il y a de fortes chances pour que la recherche d’un acronyme se soit faite depuis l’acronyme lui-même en cherchant quoi mettre dedans, plutôt que dans le sens inverse, en partant par exemple des mots « responsable », « civisme », « internet » et en essayant de trouver un truc qui colle avec tout ça.

« Tiens, et si on disait que PUR ça voudra dire Protection des Utopies Raisonnables ? Ou, non, mieux ! Mieux : Promotion des Usages Responsables ! Ça claque, hein ? »

Qu’est-ce que ça sous-entend ? Que l’usage du mot PUR et de toutes ses connotations est évidemment totalement délibéré. La pureté est une notion doubleplusplus, avec, d’un point de vue purement étymologique et dictionnairique, une connotation plus que positive qui évoque la droiture et la chasteté. Ce qui est pur est honnête, intègre et incorruptible (ironie du sort quand on sait à qui on doit la naissance et l’ingérence d’HADOPI, non ?). Et, en outre, tout ce qui est pur est blanc ou bleu ciel. Au fait, de quelles couleurs est le logo PUR ? Hoho !
Bref, la pureté, le blanc, tout ça… Juste histoire de nous rappeler que soutenir HADOPI, c’est comme avoir foi en Dieu, un peu…

Un exemple de représentation de la pureté aujourd’hui

Mais il y a un effet pervers à l’utilisation volontaire de ce terme : les connotations historiques. Or, que nous évoque l’Histoire à ce sujet : Pureté raciale, purification par le feu, élimination des déchets… Une belle référence aux autodafés, à l’inquisition, au racisme, au nazisme, à la répression sauvage en général, quoi. La pureté est par définition le manque de tolérance, puisqu’elle exclut et combat tout ce qui n’est pas pur, que l’on se doit de considérer comme parasite. En soi, le calcul est bien fait. Risqué, mais il a son utilité, puisque par opposition à la pureté que l’on accole à « l’industrie des arts », les pirates seront les nuisibles.

« HAHA ! Ça y est ! On l’a atteint ce fameux point Godwin ! »

, vous dites-vous sans doute. Hé bien oui ! J’ai fait le lien entre HADOPI et les NAZI. Et maintenant quoi ? Hé bien tout le but de mon billet est là : Mettre en évidence ce parallèle que certains disent douteux. Parmi tous les articles que j’ai pu lire récemment, atteindre le point Godwin est une chose à ne surtout pas faire, un tabou à ne pas aborder, ou bien un argument trop facile, qui aura tendance à discréditer le propos de son auteur. Pourtant, il existe bien pour une raison ! Interrogeons-nous donc d’abord sur les origines de ce meme social : à la toute base, il y a une époque sinistre dont le souvenir est profondément ancré dans la mémoire collective, un souvenir qui angoisse et évoque de sombres craintes pour le futur. Ce qui provoque la récurrence systématique de cette allusion au régime nazi dans quelque débat que ce soit, c’est la force du choc qu’il représente. Il ne serait pas étonnant avec quelques recherches d’arriver à corroborer cet état de fait à d’autres événements traumatisants de l’Histoire plus anciens. Les grecs ont très bien pu évoquer Troie systématiquement pendant des siècles après la guerre par exemple, et n’importe quel génocide aura sans doute le même effet. Pourtant celui-ci – parce que moralement, rien parmi la pléthore de pseudo-arguments habituels ne permet de le justifier – est d’autant plus traumatisant. En guerre, en campagne ou en conquête, toute expansion fait des victimes et devient le théâtre de la cruauté, mais le fait d’avoir voulu exterminer un peuple entier dans un territoire qui n’était (en partie) déjà plus à conquérir, est, au yeux de l’Humanité moderne, totalement incompréhensible. Aussi, cet événement est-il en partie à cause de raisonnement aujourd’hui pour l’Europe le plus grand des traumatismes, et en tant que tel, le signal d’alarme le plus souvent utilisé.

Signal d’alarme ? Oui. En effet, atteindre le point Godwin, en un sens, c’est tirer la sonnette d’alarme. Car on ne le fait pas sans raison, mais pour alerter des dangers que l’on perçoit dans les similitudes entre l’objet observé et le souvenir d’un traumatisme historique. Alors pour en revenir à nos moutons, en quoi est-il nécessaire ici de sonner l’alarme ? Hé bien comme je vous le disais toute à l’heure, l’utilisation du concept de pureté en de telles circonstances est dangereux. Ces circonstances sont celles d’une propagande gouvernementale. Car il s’agit bien de propagande : on cherche à nous imposer une idée, une opinion, ce qui est radicalement différent de la sensibilisation. L’un insuffle l’intérêt et rend sensible ; l’autre détourne, transforme et convertit. Le gouvernement ne devrait jamais avoir à franchir cette limite, et le fait qu’il l’ait fait constitue déjà en soi un très grave constat. Le parallèle à faire avec le régime nazi est donc celui-ci : le détournement de termes très positifs pour en faire des armes de conversion de l’opinion des masses est présent dans les deux cas. C’est la base même du totalitarisme, le contrôle de l’opinion. Une démocratie ne doit pas prétendre contrôler l’opinion, mais évoluer avec elle, ce que ne semblent pas bien comprendre nos chers dirigeants sensés justement représenter lesdites opinions, au nom desquelles ils sont élus.

Attention toutefois ! Faire appel au point Godwin ne signifie pas accuser l’objet de cette dénonciation de tous les maux du régime nazi. Jusqu’à présent, il semble avéré que ceux qui contrôlent HADOPI ne sont responsables d’aucun massacre (du moins le suppose-t-on, pour tout autre massacre que celui de mes oreilles, ne serait-ce que par présomption d’innocence, hein ? Mais oublions, je fais du mauvais esprit !). Tirer la sonnette d’alarme, donc, ce n’est pas traiter l’adversaire de nazi ou d’assassin, ce n’est qu’avertir que les méthodes et raisonnements qu’il emploie, pour avoir été partie intégrante d’un régime aussi affreux, le font lentement glisser à la frontière de la « morale acceptable ». Si tant est que ce terme ait un sens. Petit à petit, plus vous vous rapprochez de ce mode de pensée totalitaire, plus vous transgressez les codes historiques, et plus vous devenez susceptible de recommencer et de lâcher un peu plus encore, sans même vous en rendre compte. Ou bien au contraire tout à fait sciemment.

Ce qui m’amène enfin au dernier point de ce plaidoyer pour le point Godwin : ne critiquons pas systématiquement tout discours qui atteint le point Godwin ! L’argument n’est pas moins recevable qu’un autre, bien au contraire ! Il existe grâce au devoir de mémoire, sensé prévenir l’arrivée de nouvelles catastrophes du genre. Tant qu’il y aura des gens pour faire le parallèle, nous pouvons décemment éviter que la chose se reproduise. Mais si par peur du ridicule untel commence à se taire, c’est la porte ouverte aux dérives fascistes et totalitaires comme nous en voyons apparaître de plus en plus aujourd’hui. Alors ne rabaissons pas ceux qui y ont recours, car si, effectivement, l’argument peut sembler facile, il est légitime. Au nom de quoi ? Hé bien, pour citer la DDHC oubliée de 1793 :

« Le droit de manifester sa pensée et ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, le droit de s’assembler paisiblement, le libre exercice des cultes, ne peuvent être interdits. La nécessité d’énoncer ces droits suppose ou la présence ou le souvenir récent du despotisme. »

Il en va de même pour le point Godwin. Le fait de l’évoquer est la preuve qu’il y a nécessité à mettre au jour les dangers qu’il sous-entend.

*

Enfin, je vais refaire un dernier point-Godwin-version-communiste (parce que je le vaut bien), puisque je viens justement de démontrer que cela servait à quelque chose.
Vous voyez Staline ? Si si, le grand gaillard moustachu, là ! Celui qui en fait s’est avéré bien pire que son homologue allemand lorsque l’heure du bilan a sonné. Hé bien le monsieur (pardon, private joke) utilisait le blanc de la pureté et des enfants dans ses campagnes de propagande. Si, si ! Même que C’était le Petit Père des Peuples (CPPP), regardez :

« AHMAGAD ! Mais c’est bien sûr ! Je savais bien que les publicistes de la campagne HADOPI avaient piqué l’idée quelque part ! »

Comme vous le voyez, il n’y a rien de nouveau dans l’utilisation de tels procédés comme ceux employés par HADOPI. D’ailleurs, la publicité le fait bien depuis des décennies ! On me répète sans arrêt :

« La campagne HADOPI est imbuvable, mais c’est normal, c’est de la pub ! ».

Hé bien, non, ce n’est pas normal. Parce que la publicité vend un produit, et que la campagne HADOPI vend une idée. Or on ne vend pas les idées, on ne les transforme pas non plus pour son propre intérêt impunément sans récolter le mépris du peuple. Mais suis-je bête ! En fait, je devrais trouver ça normal, que l’on me vende une idée, puisque c’est ce que veux la « nouvelle société de la culture industrielle responsable ». Bref, cessons de faire à nouveau du mauvais esprit. Il était simplement important de préciser que la publicité est une arme marketing, et la propagande une arme idéologique, et qu’il convient de ne pas confondre les deux.

Par ailleurs, au collège et au lycée, j’ai appris à détester toute forme de propagande. Parce qu’on m’a enseigné qu’il s’agissait des outils des dictatures et des pouvoirs corrompus. Alors comment voulez-vous aujourd’hui décemment que le peuple Français à qui l’on présente cette campagne accueille les idées qu’elle promeut à bras ouverts, puisqu’il voit bien ce qu’elle est ? … Minute… Oh ! Ooooh… Que c’est sournois ! Vous vous souvenez de ce petit spot vidéo en dessin animé dont je vous parlais plus tôt ? Celui qui, comme ces affiches, vise les jeunes gens. Celui-là est en fait antérieur à la campagne PUR, et a dû passer plus inaparçu, mais voilà l’occasion de le faire réapparaître, car il ne fait que renforcer mon propos. Voyez vous-même :


Hé bien, oui, c’est là la réponse à la question (pourtant rhétorique) que je posais à l’instant : insérez dans l’inconscient collectif dès le plus jeune âge une contradiction flagrante, vous la verrez devenir tout ce qu’il y a de plus naturel pour les générations futures ! Exemple :

« La propagande c’est pas bien, mais celle que moi j’ai vu tout petit était faite par mon gentil gouvernement, donc elle, elle est bien ! »

Tout ceci n’est qu’une vaste fumisterie, aussi bien donc parce qu’on fait appel aux méthodes douteuses d’époques dépassées que parce qu’elle ose s’en prendre à ceux des individus qui n’ont pas le discernement pour faire la part des choses. Que vous vous attaquiez aux adultes capables de prendre la chose avec recul, soit, mais que vous ayez la bassesse de vous en prendre à ceux qui ne disposent pas encore des outils pour penser par eux-même est inacceptable. Rien n’est plus vil que cela !

« Oui mais… C’est pour les protéger d’eux-mêmeuh, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font voucomprené ? »

A d’autres ! Laissez-nous, à nous, et aux enseignants, l’éducation de nos enfants. Arrêtez, vous autres qui vous immiscez dans nos libertés, de prétendre savoir mieux que nous ce qui est juste et bon. Car pour tout ça, je vomis cette campagne HADOPI, son label PUR et cette agence RSCG aux idéaux corrompus qui les ont produits. Quant à vous, cher lecteurs, que vous adhériez ou non aux idées qu’ils véhiculent, vous conviendrez que les méthodes employées par cette institution de la République sont haïssables et n’ont pas lieu d’être.

Ne vous laissez pas faire, signez la pétition du Parti Pirate, protestez, véhiculez, faites circuler, réagissez !